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Anissa TBER


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De temps en temps une œuvre paraît, une œuvre comme celle de Anissa Tber, haute, et à l’écart, et qui n’appelle qu’une coterie qui peut seule comprendre et goûter ; mais qui apporte quelque chose de nouveau à la littérature et au langage : un livre qui procure du plaisir, de la beauté et du sens donnés au monde. À côté de son oeuve de peintre, l’auteure nous donne avec Les Toiles d’Aika un roman qui a tous les caractères d’une œuvre accomplie, fine et translucide comme un lavis. Il doit bien y avoir quelque part un terrain commun au profane et à l’artiste, une zone dans laquelle ils puissent converger. Tant d’auteurs écrivent, pour ainsi dire, à côté d’eux-mêmes, ne se connaissant presque pas, n’étant jamais descendus en eux-mêmes. D’autres sacrifient du temps, du plaisir, de la santé et de l’aise à leurs premiers romans pour acquérir leur richesse intime, et qui ont quelque chose d’eux-mêmes à dire, et savent parfaitement la dire. Les Toiles d’Aika doit sa substance à la culture et l’esthétique japonaises, et par réciprocité cela autorise Anissa Tber, riche de curiosité à y planter son intrigue. L’intérêt de l’aventure, d’ailleurs, réside dans ce partage qui naît de cette altérité précieuse. Par son profil, par sa présence extraordinairement intense et qui ne se relâche pas une seconde, par une sorte de vie trépidante, ce roman nous rappelle quelques pages du Kyoto de Kawabata, et les beaux jours qu’on peut retrouver dans Le Dit du Genji de Murasaki Shikibu, une œuvre qui allie le raffinement, la sensualité et l’amour qui s’abritent pudiquement derrière les paravents. On peut toutefois se demander si Anissa Tber, quand elle mène ses personnages à une certaine abnégation ne leur donne pas, en fin de compte, l’occasion de leur intime épanouissement. Les Toiles d’Aika n’est pas un roman indifférent grâce à la peinture qu’il nous offre de cette atmosphère particulière, de cette ambiance dans laquelle se déroule l’histoire. Avouons tout de même, cela fait bien longtemps qu’une écrivaine, avec cette clarté, cette simple beauté, n’a questionné la vie et sa surprenante instance. Que l’on ne s’attende pas à trouver dans ce roman épanchements, débordements. Le ton n’est pas à la confession, mais à la vérité. Les Toiles d’Aika peut être considéré comme une réussite, dont nous souhaitons qu’elle soit confirmée par une deuxième œuvre d’une égale valeur. Il serait présomptueux de s’arrêter en chemin. Il faut avancer jusqu’à proximité de la crypte intérieure pour alimenter les péripéties du devenir. Chacun doit aller là où le pousse le battement de son cœur.

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